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Être rappelé

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Rich Karlgaard est un entrepreneur et conférencier américain. En se basant sur sa propre expérience, il a remarqué que ceux qui réussissent ne suivent pas tous le même chemin professionnel et ne vont pas tous au même rythme. Voici son témoignage.

 

  • Qui a dit que la réussite académique était synonyme de succès ?
  • Sous le poids de la pression de la société, on tente de nous faire croire que la réussite ne s‘atteint pas au-delà de la trentaine.
  • Dans un témoignage très inspirant, Rich Karlgaard déconstruit cette théorie populaire : rien n’est écrit en avance.

 

 

En 1980, j’avais 25 ans et je n’étais encore qu’un gamin. J’en ai réellement pris conscience alors que je travaillais comme agent de sécurité à San José, en Californie. Un soir, j’avais une mission de garde dans un chantier privé, j’ai entendu des aboiements venant de la cour voisine. J’ai dégainé ma lampe de poche et je me suis retrouvée face à face avec mon homologue de l’autre côté de la clôture : un chien de garde. Je peux vous dire que là, ça m’a fait tout drôle. J’ai réalisé que j’étais diplômé de Stanford et mon collègue professionnel était… un Rottweiler !

 

A la même époque, Steve Jobs, lui aussi âgé de 25 ans, allait changer le monde de l’informatique et devenir fabuleusement riche en lançant la marque Apple. Moi, en revanche, j’étais pauvre et sans perspective. Mon histoire n’est pas fameuse, mais pas si inhabituelle que ça.

Aujourd’hui, nous sommes complètement obsédés par les premières réalisations. Nous rendons hommage à ceux qui obtiennent une mention ‘Très Bien’ au bac, à ceux qui sont acceptés dans les universités les plus prestigieuses telles que Stanford ou Harvard. Nous sommes subjugués par ceux qui décrochent un premier emploi chez Google ou Goldman Sachs, et par ceux qui parviennent en tête du ‘Top 30 under 30’ (les personnes les plus influentes âgées de moins de 30 ans). En 2014, le magazine Time a lancé une liste annuelle des « adolescents les plus influents ». Oui, avez bien lu, des adolescents.  

Mais ces exploits précoces sont l’exception à la règle, non pas une norme. Le fait est que nous grandissons et nous évaluons tous à des rythmes différents. Nous développons tous nos facultés cognitives tout au long de notre vie. Les talents et passions que nous acquérons peuvent émerger dans diverses circonstances personnelles. Pas uniquement dans des environnements éducatifs formels et centré sur quelques critères de réussite étroits. Certains avancent plus lentement que d’autres, voilà tout.

 

« Il n’est jamais trop tard pour atteindre le sommet »

 

En voyant les choses sous cet angle-là, on évite de se faire du mal pour rien : nul besoin d’envier ceux qui atteignent le succès plus tôt que soi. Notre façon d’évaluer les jeunes impose aux familles un fardeau émotionnel inutile et contribue à déclencher une épidémie d’anxiété et de dépression chez les adolescents et les jeunes adultes. La pression mise sur la jeunesse ne la rend que plus fragile que jamais. On  suggère que si vous n’êtes pas devenu célèbre ou que vous n’avez pas réinventé une industrie alors que vous avez encore 30 ans, vous avez en quelque sorte raté votre vie. Mais l’hypothèse de base est fausse : s’épanouir très jeune n’est pas une condition préalable à la réussite et à l’accomplissement de toute une vie.

Des recherches récentes suggèrent que nous devons modifier notre compréhension de la maturité des personnes de l’adolescence à l’âge adulte. La plupart des jeunes adultes, entre 18 et 25 ans, vivent dans une période dite de post-adolescence assez instable.

De nombreux changements critiques, et contribuant à notre maturité, se produisent entre le début et le milieu de la vingtaine. Le terme utilisé par les psychologues pour désigner ce type de maturité neurologique, arrivant parfois de manière précoce chez certains, est connu sous le nom de fonction exécutive. Cette fonction exécutive n’a rien à voir avec le Quotient Intellectuel, le potentiel ou le talent. C’est simplement la capacité de voir l’avenir et de planifier efficacement, de relier les actions aux conséquences possibles, de voir les probabilités de risque et de rendement.

En tant que jeune homme, c’est exactement ce qui me manquait, ce qui explique en grande partie mon immaturité et mon incapacité à occuper un emploi sérieux. Jeffrey Arnett, professeur de psychologie à la Clark University, appelle la phase de 18 à 30 ans « l’âge adulte émergent ». Il s’agit d’une étape distincte de la vie, en partie stimulée par les changements sociaux et économiques.

 

Une réussite académique n’est pas toujours synonyme de talent et la croissance intellectuelle ne s’arrête réellement jamais.

Qu’en est-il de la créativité et de l’innovation ? Ce royaume doit appartenir aux jeunes, avec leur exubérance et leurs idées neuves, non ? Pas nécessairement. Par exemple, selon une étude réalisée en 2008 par la Northwestern University, les scientifiques sont en moyenne âgés de 39 ans. L’âge moyen des américains déposant des brevets est de 47 ans.

Notre rendement créatif augmente avec l’âge, explique Elkhonon Goldberg, professeur de neurologie à l’Université de New-York. Ainsi, un enfant aura de plus nouvelles perceptions qu’un adulte d’âge moyen, mais n’aura pas le recul nécessaire pour les transformer en idées créatives.

Ken Fisher, qui gère aujourd’hui Fisher Investments – un fond d’investissement doté de 100 milliards de dollars sous gestion et de 50 000 clients – a arrêté les études après avoir fini le lycée. « Je n’avais pas de direction particulière » a-t-il déclaré. Il est retourné à l’école pour étudier la sylviculture, espérant une carrière à l’extérieur, au contact de la nature. Il a finalement obtenu un diplôme en économie en 1972.

 

A l’âge de 20 ans, il suivit la carrière de son père en tant que conseiller financier. Pour gagner de l’argent, il a occupé des emplois dans la construction et a joué de la guitare dans un bar. Il a également dévoré « des livres sur la gestion et les affaires – et peut-être une trentaine de revues spécialisées par mois pendant des années » dit-il. C’est une fois qu’il a atteint la trentaine qu’il a pu faire fortune. Comme il le dit si bien, au cours de cette période de réflexion, il a « développé une théorie assez peu conventionnelle sur la valorisation des entreprises ».

On retrouve ces histoires de retardataires dans toutes les couches de la société. Ces personnes-là présentent d’ailleurs bien souvent un talent sous-estimé et qui a émergé plus lentement que prévu. En tant qu’athlète au lycée à San Mateo, en Californie, le légendaire quaterback des Patriots de la Nouvelle-Angleterre, Tom Brady, vainqueur de six Super Bowls, n’a pourtant jamais été repéré par la plupart des recruteurs de grandes universités américaines – qui fournissent des bourses d’études aux athlètes les plus prometteurs. Bien qu’il ait fait partie de l’équipe du Michigan, jouissant d’une excellence cote de popularité, il a dû faire ses preuves pour devenir l’athlète de haut niveau qu’il est aujourd’hui. En l’an 2000, il n’était que le 199e joueur sélectionné dans le repêchage de la NFL. Un an plus tard, lorsque le quart partant des Patriots a été écarté par une blessure, M. Brady, alors âgé de 24 ans, a finalement eu sa chance. Il a émergé au cours de cette saison comme l’athlète spectaculaire qu’il est devenu depuis lors.

 


Combien d’entre nous ont été oubliés pendant nos années d’école, ont été congédiés au début de notre carrière ou sont renvoyés, encore aujourd’hui. Quels sont les dons et les passions que nous pourrions posséder, qui n’ont pas encore été découverts mais qui pourraient nous donner des ailes ? L’astronaute Scott Kelly, qui a passé plus de cinq cents jours dans l’espace, a déclaré qu’il s’ennuyait tellement au lycée qu’il a « terminé dans la moitié de la classe qui a rendu possible la moitié supérieure ».

La milliardaire Diane Hendricks, fille de producteurs laitiers, a vendu des maisons dans le Wisconsin, s’est mariée puis à divorcé. Dix ans plus tard, elle a rencontré son futur mari, Ken, un couvreur. Les deux sociétés se sont associées et ont utilisé toutes leurs économies pour lancer ABC Supply, une entreprise proposant des fenêtres, des gouttières et des matériaux de toiture. Aujourd’hui, Mme Hendricks préside une entreprise d’une valeur de 5 milliards de dollars.

 

Pour moi, tout a changé  quand j’ai eu 26 ans. Après un moment de lucidité – et de maturité – j’ai réussi à décrocher un poste de rédacteur technique dans un institut de recherche. À 29 ans, je me suis marié. À 34 ans, sans expérience en journalisme, j’ai cofondé le premier magazine économique de la Silicon Valley. Sa conception était basée sur les anciens numéros de magazines sur lesquels j’ai passé mes années de fac. À 38 ans, Steve Forbes m’a engagé pour lancer un magazine technologique. À 44 ans, je suis devenu l’éditeur de Forbes.

Comme moi, la plupart des retardataires vont découvrir qu’ils ont de plus grandes chances de réussir sur des chemins alternatifs, loin de la folie et de la pression de la réussite précoce. La quête obsessionnelle d’aujourd’hui pour des réalisations rapides – et la souillure d’échec pour ceux qui ne l’atteignent pas – a dilapidé notre talent national et freiné notre créativité.

Chacun de nous connaît quelqu’un, se soucie de quelqu’un ou aime quelqu’un qui semble coincé dans la vie. La chose essentielle à retenir est que nous ne pouvons pas nous abandonner nous-mêmes ni les autres, même – et surtout – si la société a eu du mal à rattraper son retard. La durée de vie humaine s’allonge. La plupart des personnes récemment nées vivront jusqu’au 22e siècle. La grande majorité d’entre nous ne sera pas mieux servie par des diplômes et autres résultats académiques élevés, mais par la découverte de nos véritables talents. Une société en bonne santé a besoin que tous ses membres sachent qu’ils peuvent s’épanouir, se renouveler, grandir et réussir tout au long de leur vie.

 

Article inspiré de l’article It’s Never Too Late To Start a Brilliant Career par Richard Karlgard pour Qwartz

 

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