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Impact-du-numérique-sur-les-métiers-de-la-culture

Olivier MOREL-MAROGER, Président de la société Anima Cultura et directeur de France Musique jusqu’en 2014, a accepté de répondre à nos questions concernant l’impact de la digitalisation dans les métiers de l’économie de la culture.
Il est par ailleurs, l’auteur d’un récent ouvrage qui fait déjà référence dans le monde de la culture, L’économie de la culture aux éditions LGDJ.

 L'impact-du-numérique-sur-les-métiers-de-la-culture

1-Que représente, en termes d’emploi, la culture en France ?

Je pourrais vous faire une réponse extrêmement agaçante du genre « ça dépend comment on compte », mais ce serait contraire à l’esprit « pratique » du livre,  que j’ai conçu comme une véritable « boîte à outils » pour les futurs managers de la culture !

Pour les emplois, les chiffres divergent d’une étude à l’autre, mais j’ai retenu celui de 700.000, qui est le résultat des travaux très sérieux de Bercy et du ministère de la culture. Cela représente environ 3% de la population active. Au-delà du périmètre de ce qu’on considère comme appartenant à la culture, il y a évidemment une approche par entreprise, ou par métier. Je m’explique. Les entreprises culturelles emploient des personnes dont l’activité n’est pas répertoriée comme culturelle (Le chauffeur à France Télévisions, le standardiste dans un musée, si tant est qu’il y en ait encore !). De même, le designer ou le photographe qui travaillent dans l’industrie automobile exercent une activité culturelle, mais pas dans le secteur de la culture. Voilà pour l’essentiel.

Si on se fonde sur les entreprises dont l’objet ou l’activité est répertoriée comme culturelle, le premier secteur est le spectacle vivant (avec 150.000 emplois). Vient ensuite la publicité (100.000), la presse (75.000), l’architecture (70.000), l’audiovisuel (50.000), puis le livre et le cinéma, employant chacun 30.000 personnes environ. Cela donne une idée des secteurs porteurs d’emplois et de ceux qui le sont moins.

L’approche par métier est également un indicateur intéressant, avec les emplois considérés comme spécifiquement culturels, comme les architectes, artistes, auteurs, mais il faut aussi compter avec ce qu’on appelle les emplois indirectement culturels, telles que le secteur de la construction ou de rénovation spécialisées dans la réhabilitation de monuments historiques. Et parfois, il faut procéder à une proratisation, pour certaines entreprises. Vous voyez, ce n’est pas si simple !

Enfin, lorsqu’on parle de culture, on ne peut pas passer sous silence ce qu’on appelle les retombées économiques indirectes (tourisme, hébergement, restauration, habillement). La France serait-elle la première destination du monde (84 millions de touristes par an) sans son patrimoine et sa richesse culturelle ? Certainement pas !

2-Quels sont les secteurs de la culture qui embauchent de manière significative ?

J’aurais envie de vous répondre : aucun ! Il n’y aucun secteur de la culture qui embauche de manière « significative ». Il ne faut pas y voir un signe négatif, mais plutôt un signe de maturité. La culture se porte bien en France, bien mieux que dans la plupart des pays. Il y a une offre très riche, et une demande très forte, et ça, c’est très positif, même si c’est un secteur où on n’enregistre plus de créations d’emplois à proprement parler. Mais regardons objectivement les résultats du cinéma, de l’édition, du spectacle vivant et des musées, qui obtiennent des succès de vente et de fréquentation que beaucoup nous envient. Il est vrai que l’Etat, comme financeur ou comme régulateur, y joue un rôle majeur, aussi bien dans l’offre que la demande, avec des dispositifs multiples, une fiscalité incitative, mais c’est un succès indéniable.

Dans les différents secteurs de la culture, les emplois, comme on l’a vu, sont nombreux, et il y a du turnover, en particulier dans le cinéma et le spectacle vivant. Nous avons par exemple plus de 2.000 festivals répertoriés en France, et il s’en créée autant qu’il y en a qui disparaissent. Un quart d’entre eux ont moins de dix ans…

Enfin, Il y aurait certainement un vivier d’emplois, dans le domaine de l’architecture. Pour des raisons que je ne m’explique pas, la France, qui a pourtant une tradition de savoir-faire, est un des pays qui compte le moins d’architectes par habitant (30.000 soit 46 pour 100.000 habitants en France, contre  86 en moyenne dans l’Union européenne).

3- Certains métiers du monde de la culture sont-ils voués à disparaître dans les prochaines années ?

Les activités et les métiers évoluent tellement vite qu’il serait bien hasardeux et prétentieux de ma part de prédire avec certitude ce qui va se passer.

Plus que des disparitions, on va assister à une mutation généralisée des métiers, à l’ère du numérique. Hormis le spectacle vivant, dont les conditions de production sont peu ou prou équivalentes à ce qu’elles étaient au XIXème siècle, toute la culture est concernée par le numérique. Et même là, le numérique a investi plusieurs fonctions support, parmi lesquelles le marketing et la communication.

Dans les industries culturelles, en particulier, mondialisation et multiplication de l’offre aidant, il s’agit d’une véritable mutation.

Le seul secteur, à mon avis, qui est franchement menacé, est celui de la presse écrite, et on ne voit pas bien comment elle pourrait survivre. Le déclin de la presse ne date pas d’hier, mais le numérique l’a largement accéléré. Et même si on note une forte croissance des abonnements numériques, ils sont très loin de compenser la diminution des ventes. Il faut rappeler que la presse bénéficie d’aides considérables, d’une fiscalité attractive (une TVA à 2,1%) et que moins on en consomme, plus on ferme de points de vente, et que la raréfaction des points de vente entraîne à son tour une diminution des ventes. Moi qui suis un lecteur assidu d’Opéra magazine, je ne le trouve plus que dans les gares!

Aujourd’hui, la seule chance de survie de la presse est d’être adossée à des grands groupes industriels ou de communication. Mais ce n’est pas nouveau…

Le monde du livre, quant à lui, est également touché » par la numérisation, même si l’édition numérique représente moins de 10% du chiffre d’affaires de l’édition, qui se porte très bien en France, avec des grands groupes comme Hachette, qui est le 8ème mondial. Par ailleurs, on continue à aimer le livre en tant qu’objet, l’édition numérique étant davantage l’apanage des collections spécialisées, scientifiques, universitaires. Cela ne m’aurait pas choqué si on m’avait annoncé que  « l’économie de la culture » ne paraitrait qu’en version numérique, mais je vous avoue que je suis très fier qu’il ait été publié en version papier !

Pour la musique enregistrée, et dans une certaine mesure, pour la fiction, le numérique constitue également un défi et un risque. Je vous avoue que je suis choqué quand j’entends que le streaming payant commence enfin à compenser les ventes de disques et que la partie est quasiment gagnée. Du côté des majors, c’est vrai, le chiffre d’affaires remonte, mais du côté des artistes, on oublie ou on ne veut pas voir que le numérique n’est en aucun cas une alternative au support physique. Je le rappelle dans le livre : un artiste touche 100€ lorsqu’il vend 100 disques ou qu’il passe 14 fois à la radio. Pour qu’il touche la même somme à l’heure du numérique, il faut 250.000 téléchargements payants ou 1 million de téléchargements gratuits.

Depuis le 18ème siècle, d’abord avec la représentation, au 19ème avec l’édition musicale, et au 20ème siècle avec l’édition, la reproduction, la radio, le disque et la télévision, on a toujours surmonté ces difficultés et trouvé des solutions pour rémunérer le travail des auteurs, des créateurs et des interprètes. A l’heure de la mondialisation, on serait bien inspirés de trouver enfin les moyens de protéger nos artistes, faute de quoi c’est tout un pan de la culture qui va disparaitre, et les créateurs avec.

4-Inversement, percevez-vous les nouveaux métiers que la numérisation, voire l’uberisation de la culture, font émerger ?

En tant que professionnel de la culture, j’ai un peu de mal avec le terme d’uberisation !

La numérisation est certes un défi majeur, j’en parle beaucoup, mais on doit aussi reconnaître que c’est un outil majeur de démocratisation de la culture. Il faut évidemment veiller, et là je reprendrai votre terme, à ce que la culture ne s’uberise pas, c’est-à-dire que son appauvrissement ne porte pas en elle le remplacement d’une culture de l’offre par une culture de la demande. Cela implique par ailleurs que les grands opérateurs culturels soient moteurs dans le domaine de la numérisation. Le mouvement a commencé,  Il leur appartient de maitriser la communication numérique de leurs propres ressources, biens et services culturels.

Le numérique a également permis d’accomplir une véritable révolution dans le domaine de la diffusion, de la communication et du marketing, sans création d’emplois, mais plutôt grâce à des nouvelles compétences. Ce sont des gains de productivité, davantage que des emplois qui émergent ou de nouveaux emplois.

En revanche, là où la numérisation peut et a commencé à créer de nouveaux emplois, c’est dans le secteur de l’audiovisuel, avec en particulier les web documentaires, les web séries, qui sont « consommés » par des publics plus jeunes. Pour autant, on n’a pas encore trouvé le modèle économique pour que ces nouveaux programmes dégagent les ressources nécessaires pour créer des emplois, autrement qu’à la marge.

Enfin, le mécénat me paraît, à court terme, un secteur porteur d’emplois, et ce sera grâce au numérique. Les conséquences de la crise de 2008-2009 sur le financement de la culture sont durables et la recherche de mécénat me paraît la bonne réponse pour trouver les ressources nécessaires. Sans doute sommes-nous arrivés à un seuil pour le mécénat des entreprises. En revanche, il y a certainement un potentiel considérable pour le mécénat des particuliers, ce fameux crowfunding, qui grâce au numérique et à ces nouvelles plateformes, permet à la fois de communiquer et de sensibiliser un large et nouveau public à la culture, l’amenant à s’ « y investir ».

5-Les robots, les fameux « Bots », vont-ils menacer de nombreux métiers de votre univers culturel ?

Personnellement, je ne le crois pas, mais je ne suis pas un spécialiste. J’y vois plutôt une chance pour le visiteur, le spectateur, le consommateur, qui bénéficie désormais d’un accès sans précédent à une offre culturelle. Après, il faut savoir faire un tri, ne pas se perdre, et le risque majeur me semble-t-il, est cette déperdition de temps, passé à « picorer » de l’information, de la culture instantanée, fragmentée, au détriment d’un temps passé à l’approfondissement et à la construction d’une vraie culture, source d’épanouissement !

L’économie de la culture, Edition LGDJ

Par Olivier MOREL-MAROGER

Prix : 28€

Page Linkedin d’Olivier MOREL-MAROGER : Cliquez ici


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